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14 décembre 2018

AGPI - L'identification des toilettes : Symbolique du débat de l'heure

Par Richard Darveau

Bélanger Design


Autres temps, autres requêtes sociales. Les LGBTQ2 veulent leur(s) place(s). De fait, un nombre grandissant de nos semblables ne se définissent plus comme hommes ou femmes. En tout cas, pas en l’homme représenté avec le pantalon et la femme en robe. Dès lors, comment signaliserons-nous et identifierons-nous les toilettes dans les espaces publics et les entreprises?


D’un point de vue purement architectural, une solution s’impose, toute simple : ne créer que des espaces de toilettes individuels et fermés de haut en bas. Les lavabos, sèche-mains, tables à langer et autres fonctions générales sont aménagées dans un espace commun.


Les toilettes pour handicapés ont souvent été intégrées dans celles pour femmes. Certains mouvements activistes établissent un rapport avec l’infantilisation et la désexualisation dont le corps de la personne handicapée fait l’objet dans les sociétés occidentales. Gardons la question posée…


La solution de réaménagement vers l’universalité comporte également l’avantage politique non négligeable d’évacuer tout jugement à l’endroit des personnes en transition de changement de sexe, à la fois victimes de réprobations (« Que fais-tu dans une toilette pour femmes ?) et malgré elles, sources d’inconfort social.


Pourquoi accepte-t-on de partager depuis toujours les mêmes toilettes dans les avions et dans les autocars, mais pas encore dans les aéroports ni dans les gares?


Il ressort de l’enquête de la sociologue canadienne Sheila L. Cavanagh qui, en 2010, a interviewé 100 personnes LGBTQ2 dans les grandes villes américaines et canadiennes, que des toilettes sexuées peuvent légitimer une "police des genres’’ pouvant devenir normative, violente et restrictive : « Les toilettes ne devraient pas donner le droit à quiconque de définir ce qui fait un homme ou une femme à la place des autres. »


Mme Cavanagh appelle de ses vœux des designs et des architectures de toilettes plus ouverts qui permettent aux usagers de resignifier ces endroits à leur convenance : « La fonction de la signalétique des toilettes n'est pas d'être claire en soi, mais d’ouvrir un espace qui puisse permettre de cultiver des manières nouvelles et inédites d’être genré et sexuel dans le paysage social. »

 

La réglementation abolissant les genres est en pleine déferlante


Si des toilettes non genrées sont maintenant aménagées au plutôt conservateur Service canadien du renseignement de sécurité, c’est dire la préoccupation autour du phénomène. Leur argument : offrir un milieu de travail diversifié, inclusif et accueillant.


Les toilettes sexuées deviennent même hors-la-loi dans l’Ouest américain.


Toutes les toilettes publiques individuelles doivent désormais être « gender neutral » dans la municipalité de West-Hollywood, et dans au moins 250 autres villes des États-Unis.


Philadelphie fait aussi partie des grandes villes à se doter d’un décret municipal qui oblige les bâtiments publics à se doter d’une toilette neutre en plus des toilettes homme/femme (et par ailleurs, à neutraliser tous les sites web et les candidatures pour les jobs de la ville).


San Francisco propose des mesures incitatives pour que les commerces optent aussi pour des toilettes neutres.


« Les anciennes toilettes “hommes” et “femmes” sont démodées. Elles placent les personnes transgenres dans la position délicate de devoir ouvertement revendiquer un sexe (“to out themselves”) en optant pour une porte précise. », affirmait récemment, au New York Times, Abbe Land, conseillère municipale qui a piloté la résolution menant à l’instauration de toilettes à genre unique partout dans la petite ville.


Pour l’instant, la mesure ne concerne que les cabines individuelles (« single-stall restrooms »), celles qui ferment à clé et dont la porte va du sol au plafond. Notamment dans les restaurants de taille moyenne, les bars, les petites entreprises et les bureaux. Il n’est pas encore question, du moins pas à West-Hollywood, de convertir à la mixité les toilettes collectives, courantes dans les bâtiments recevant beaucoup de visiteurs, tels que les cinémas, les aéroports et les grands magasins.


Plus près de chez nous, la blogueuse Julie Lemay s’interroge à voix haute dans Urbania :« Le problème, c’est que quand tu t’identifies ni comme homme ni comme femme ou que, par exemple, dans le territoire oh combien privée de tes culottes, tu possèdes l’appareil génital masculin tout en ayant une apparence physique dite féminine, ces damnés deux choix se présentent comme répressifs, voire anxiogènes. Selon un sondage publié dans le Time, 70 % des personnes trans auraient rapporté avoir vécu du harcèlement verbal ou une agression physique dans des toilettes publiques. »


« Les maudites cloisons flottantes avec le gap entre la porte et le panneau, plus le loquet précaire qui crie « m’a te lâcher dans pas long », rien de rassurant. »


Julie Lemay, blogueuse chez Urbania

 

 

Plus informative que d’autres, cette signalisation d’une bibliothèque en Alberta permet d’offrir une alternative aux utilisateurs rébarbatifs à l’unisexe en spécifiant que des toilettes « normales » sont disponibles à l’étage.


La résistance existe aussi


Les parlementaires républicains de Caroline du Nord ont voté le 23 mars dernier une loi interdisant aux personnes trans de se rendre dans les toilettes de leur choix. Au moins huit autres États seraient en train d'essayer de passer des lois similaires, dont l'Illinois, le Missouri, le Kansas et le Kentucky. D'autres États, comme le Tennessee, le Dakota du Sud, la Floride et le Nevada ont eux aussi tenté de restreindre l'accès aux toilettes pour les personnes trans, mais n’y sont pas parvenus.


Pourquoi, à la maison, même les Républicains les plus puritains ne font pas aménager chez eux des toilettes distinctes pour les filles et les garçons, mais insistent pour séparer les genres en public ?


Le site américain safebathrooms.club présente une carte où des toilettes réputées sécuritaires pour les trans sont disponibles dans les institutions et entreprises recensées. Sauf erreur, le projet ne s’étend pas encore au Canada.

 

Les universités rythment la cadence


Comme dans le bon vieux temps, aussi appelé Mai’68, ce sont les institutions scolaires qui donnent principalement le ton à l’universalité des toilettes et autres équipements.
 

L’espace de la toilette évoluant vers la mixité, voire l’universalité, son image doit devenir neutre.


L’accessibilité à des toilettes neutres fait partie des mesures à mettre en place pour soutenir les élèves et les étudiants transgenres, selon un guide conçu pour les établissements d’enseignement publié en janvier dernier.


Rédigé par une vingtaine de partenaires, dont le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, ce guide rappelle aux écoles, cégeps et universités qu’ils ont la responsabilité d’assurer le bien-être de tous leurs élèves, alors que plusieurs transgenres sont victimes d’intimidation et de violence.


Les personnes dites non-binaires, qui ne se définissent pas par le seul genre masculin ou féminin, ou qui rejettent cette dualité, font aussi partie des préoccupations des universités.

 

Tout plein d’associations étudiantes du pays envisagent de faire installer des cabinets « non discriminatoires ». Mais cet objectif n'est pas du goût de tous. Les étudiants redoutent que ces réaménagements n'entraînent des dépenses inutiles, alors que les frais de scolarité ne cessent d'augmenter.

 

Les militants des toilettes unisexes, rappelons-le, pour beaucoup féministes, sont excédés par le sigle homme/femme jugé sexiste. Car non, toutes les femmes ne passent pas leur journée en jupe.


Ils vont bien plus loin que la simple dénonciation d’un sigle et estiment que le partage des toilettes entre hommes et femmes pourrait mettre fin à certains stéréotypes sexués, permettre une modification des pratiques culturelles entraînant plus d’égalité entre les sexes. Pourquoi pas.


Mais ne rêvons pas : « la mixité aux toilettes n’entraînera certainement pas automatiquement l’égalité des salaires. » Commentaire anonyme lu sur la toile.

 


Une petite image d'une toilette noire sur un fond blanc, au-dessus du mot « Toilettes », est devenue un signe important d'inclusion pour la Commission scolaire Prairie Valley, près de Regina en Saskatchewan, où ont été créées des toilettes communes dans tous ses établissements, incluant les écoles primaires. Les toilettes de sexe neutre du Collège Dawson sont encore utilisées en majorité par des hommes, car les étudiants n’ont pas forcément remarqué le changement d’enseigne. « Moi je n’aime pas partager la toilette avec des femmes », se plaint un professeur qui désire garder l’anonymat pour ne pas « passer pour un vieux réactionnaire de droite ». Jules Rose Johnson (en photo), responsable des affaires internes à l’association étudiante croit pour sa part que d’aller aux toilettes devrait être une activité qui passe inaperçue.

Où s’en va la signalétique des toilettes?

 


Un récent voyage en Chine d’un membre de l’équipe de Bélanger Design trace une voie possible, celle d’informer en temps réel sur les unités libres ou occupées grâce à un senseur de chaleur (voir image ci-haut).


Un renseignement utile puisqu'on se dirige vers des portes fermées de haut en bas favorisant l’intimité des usagers.


On aura remarqué en complément d’information des icônes correspondant aux cuvettes disponibles, ou en leur absence, au style squat, pour les plus en forme (!)


Cet article est une collaboration de la firme Bélanger Design, membre de l’AGPI. Pour vous y inscrire à son infolettre gratuitement cliquez ici.

 

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