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3 mars 2020

Nouvelle - L’UQTR à Terrebonne ?

QUÉBEC — Québec étudie l’idée d’implanter une université à Terrebonne, dans une région où il y a deux fois moins de diplômés universitaires que la moyenne québécoise.

 

Le projet est sous analyse au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, confirme le ministre Jean-François Roberge.

 

Le campus universitaire se trouverait près de la jonction des autoroutes 40 et 640. Le site envisagé est aux abords du stationnement incitatif de la gare de train de banlieue de Terrebonne, dans le secteur Lachenaie. Le gouvernement du Québec est déjà propriétaire de ces terrains situés à moins de deux kilomètres de l’hôpital Pierre-Le Gardeur.

 

La Ville de Terrebonne fait partie des instigateurs du projet, à l’état embryonnaire pour l’instant. «La décision relève du gouvernement québécois et, ce qu’on entend, c’est qu’il n’y a pas d’obstacle majeur. Le projet chemine bien», affirme le maire de Terrebonne, Marc-André Plante.


Il considère que «les conditions sont réunies pour enfin avoir un projet porteur pour la région» avec «la présence du premier ministre François Legault», député de L’Assomption, et celle «d’un ministre économique fort», Pierre Fitzgibbon, élu dans Terrebonne.

 

Selon ce qui est envisagé pour le moment, le campus relèverait de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

 

«L’UQTR est l’université la plus active dans Lanaudière depuis des décennies. Il est donc tout à fait normal que nous ayons signifié nous aussi notre intérêt au gouvernement», affirme son recteur, Daniel McMahon. Il rappelle qu’un tel projet «implique une analyse en profondeur pour s’assurer de sa pertinence et de sa viabilité à long terme».

 

Ce ne serait pas la première aventure de l’UQTR hors des terres mauriciennes. Elle a ouvert un autre campus à Drummondville, en 2016.


Le campus de Terrebonne n’offrirait pas uniquement des formations de l’UQTR, toujours selon le projet envisagé. Il y aurait un partenariat avec l’Université de Montréal et l’Université du Québec à Montréal, mais rien n’aurait encore été ficelé pour le moment.

 

Cela dit, les trois universités collaborent déjà pour offrir quelques programmes dans Lanaudière. Les formations se donnent dans différentes villes de la région; non seulement Terrebonne, mais également L’Assomption, Joliette et Repentigny.

 

L’UQTR est l’université plus active sur le territoire: en plus d’offrir de la formation continue, elle propose des programmes de premier cycle à Joliette et à Terrebonne, ainsi qu’à L’Assomption à compter de septembre.

 

Délocalisation des campus

 

Le projet relance le débat sur la délocalisation des campus. Les antennes universitaires se sont multipliées au Québec au fil des ans: l’Université du Québec en Outaouais s’est installée à Saint-Jérôme, l’Université de Sherbrooke est présente à Longueuil, l’Université Laval de Québec a un bureau à Montréal, l’Université du Québec à Rimouski a un campus à Lévis.

 

Les associations étudiantes critiquent cette délocalisation, y voyant une concurrence malsaine entre les établissements. Les recteurs croient plutôt que l’augmentation de l’offre partout sur le territoire répond à un besoin. «On a besoin d’une présence universitaire plus imposante et plus structurée pour soutenir notre développement économique et garder nos jeunes dans la région», soutient le maire Marc-André Plante, confirmant les pourparlers entre la Ville, le gouvernement et l’UQTR.

 

Le secteur de Lachenaie, où se trouverait le campus, se situe dans la circonscription de Masson, représentée par le caquiste Mathieu Lemay. «Près de la 40-640, il y a le développement de la Croisée urbaine et il y a des investissements de plus de 1 milliard $ qui s’en viennent sur les 10 prochaines années. Avoir un pôle institutionnel comme un campus serait un plus pour la région. L’analyse est en cours, on n’est pas prêt à faire une annonce», affirme-t-il. Il ajoute que la région connaît «l’une des plus fortes croissances démographiques au Québec et que cette croissance sera encore au rendez-vous dans les prochaines années».

 

Pour toute la région?

 

Le député, comme le maire de Terrebonne d’ailleurs, imagine l’essor d’une zone «TOD», pour «transit-oriented development», avec la présence de la gare de train. «On a fait les demandes pour avoir une nouvelle piscine, un centre communautaire, une bibliothèque, et il y a bien des choses en discussion. Ça viendrait compléter le portrait si on pouvait implanter un pôle universitaire à cet endroit. Toute la région va pouvoir en bénéficier», soutient Mathieu Lemay.

 

«Toute la région»? Il y a tout de même des «inquiétudes» à ce sujet, selon le directeur général du Centre régional universitaire de Lanaudière (CRUL), Pierre-Luc Bellerose. Cette jeune organisation veille au déploiement de l’offre universitaire dans de nombreuses villes de la région avec la collaboration des trois universités, l’UQTR principalement. «Au CRUL, on n’est pas en défaveur nécessairement [du projet de campus], mais on veut s’assurer que les formations soient dispensées dans l’ensemble du territoire. Le jour où il y a un campus à Terrebonne, il ne faut pas que les formations soient toutes centralisées à Terrebonne pour rentabiliser l’infrastructure», affirme M. Bellerose, ancien conseiller politique de ministres libéraux responsables de la région de Lanaudière.

 

Il fait l’éloge de la possibilité pour un jeune d’obtenir un diplôme d’études collégiales et un baccalauréat en sciences infirmières à Joliette, dans les locaux du cégep régional. L’hôpital du coin y trouve un bassin de main-d’œuvre, fait valoir M. Bellerose, qui est également président de la Chambre de commerce du Grand Joliette.

 

«Il y a aussi un enjeu de transport en commun: pour les jeunes de Joliette, c’est plus facile de se rendre à Montréal qu’à Terrebonne!»

 

Il ne faut pas attendre un campus pour développer l’offre universitaire, selon lui. Il y a urgence d’améliorer le taux de diplomation: 15 % des Lanaudois ont un diplôme universitaire tous grades confondus – y compris le certificat. C’est 30 % pour l’ensemble du Québec. «La région est en peloton de queue avec la Gaspésie», souligne Pierre-Luc Bellerose.

 

Aux yeux du maire Marc-André Plante, «l’absence d’un campus universitaire en est certainement l’une des raisons».

 

Québec et les affaires universitaires

 

Le cabinet du ministre Jean-François Roberge signale que la décision «devra se prendra à la suite d’une analyse approfondie de pertinence et de viabilité».

 

Selon une source gouvernementale, Québec voit le projet d’un bon œil. On fait le constat que le sort des universités a été délaissé depuis le début du mandat, occulté entre autres par les dossiers de la maternelle 4 ans et de la transformation des commissions scolaires en centres de services.

 

Il y aura une attention accrue aux affaires universitaires au cours de la deuxième moitié du mandat, fait-on miroiter.

 

Source : LeNouvelliste

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